Création et évolution des marchés
Estelle Cantillon

Estelle Cantillon en quelques mots

Estelle Cantillon a obtenu le Prix Fondation ULB 2010

Docteur en économie de l’Université de Harvard, Estelle Cantillon est aujourd’hui chercheur qualifié FNRS au sein de l’European Centre for Advanced Research in Economics and Statistics (ECARES), Faculté des Sciences sociales, politiques et économiques – Solvay Business School.

Biographie

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Estelle Cantillon a reçu plusieurs distinctions scientifiques, dont le prix David A. Wells pour la meilleure thèse en économie d’Harvard (2000), une bourse Baron Alexandre Lamfalussy de la Banque Central Européenne (2005) et une bourse de l’ERC (2008). Elle est également membre du Centre for Economic Policy Research (CEPR) de Londres, membre élue du conseil de la European Economic Association et éditeur associé au Rand Journal of Economics. Elle vient de lancer un nouveau réseau de recherche européen « Matching in Practice » afin de fédérer les connaissances sur les procédures d’appariement dans le contexte éducatif (inscriptions scolaires, procédures d’admission dans les universités, allocation de places dans des cours.

Son domaine de recherche se situe entre l’économie industrielle et la conception et l’organisation des marchés. En 2008, son projet de recherche est soutenu par le Conseil européen de la recherche (ERC) et a pour titre « Market Design and the Evolution of Markets » (Conception de marché et évolution des marchés). Estelle Cantillon s’intéresse tant aux marchés financiers qu’à d’autres marchés comme ceux des désormais médiatiques « places limitées dans les écoles » ou « permis de polluer ».

Le projet

Mieux comprendre les institutions d’échange

Les institutions d’échange, ou plus simplement les « marchés », forment la charpente grâce à laquelle une grosse partie des transactions économiques a lieu de nos jours. Elles ont joué, et jouent encore, un rôle clé dans le développement de nos sociétés, des sociétés primitives autarciques à nos sociétés modernes, basées sur les échanges et la spécialisation des tâches.

Même si le concept abstrait de marché revêt parfois un caractère monolithique, il existe en fait une très large variété d’institutions d’échange. Pour ne citer que quelques exemples : l’immobilier, les fleurs en gros, les actions d’une entreprise et les services ne sont pas échangés de la même façon. Les modalités pratiques de ces échanges dépendent en effet largement des caractéristiques du bien ou service en question, mais également des participants aux échanges. De même, différentes organisations de marchés coexistent pour les échanges d’un même bien ou service.

Cette diversité soulève la question de l’optimalité des institutions d’échange existantes: Dans quelle mesure maximisent-elles le bien-être créé pour les participants ? Une caractéristique commune à tout marché est la présence de ce que l’on appelle en économie les effets de réseaux : quand un nouveau participant rejoint un marché, il crée une externalité positive pour les autres participants (ou une partie de ceux-ci). Ces effets de réseaux génèrent à leur tour un problème de coordination : les acheteurs ne participeront à un marché que si celui-ci attire suffisamment de vendeurs, et vice versa.

On sait aujourd’hui – en tout cas de façon théorique et expérimentale – que ces problèmes de coordination peuvent empêcher la création ou l’évolution d’institutions d’échange qui satisfont au mieux les besoins des participants. En d’autres termes, l’évolution naturelle des marchés ne garantit pas l’optimalité des institutions d’échange existantes. Pour reprendre l’exemple précédent, un nouveau marché pourrait ne pas voir le jour malgré des modalités d’échange plus adéquates ou des coûts de transaction plus faibles, s’il n’arrive pas à convaincre les participants de l’ancien marché d’abandonner celui-ci et de prendre le risque de se joindre au nouveau marché. Ce que l’on ne connaît pas encore c’est l’importance pratique de ces problèmes de coordination.

 

Le projet : Exploiter les transitions pour identifier le rôle des problèmes de coordination

L’objectif principal du présent projet est d’analyser la question de la création et de l’évolution des marchés sous l’angle empirique afin de mieux cerner l’importance réelle des problèmes de coordination, et de là fournir une base de travail solide pour l’analyse des interventions publiques – que ce soit dans le cadre de la réglementation des institutions d’échanges ou de la politique de concurrence.

L’approche proposée est d’exploiter les transitions dans l’organisation des marchés, comme par exemple les « basculements » lors desquels les transactions migrent brusquement d’un marché à l’autre, et les créations de nouveaux marchés. En effet, ce sont lors de ces transitions que les participants parviennent à surmonter les problèmes de coordination inhérents aux marchés. La phase transitoire d’adaptation au « nouveau régime » permettra d’identifier avec précision les mécanismes de coordination et les freins à celle-ci dans des environnements réels. Les recherches utiliseront les marchés financiers comme terrain d’analyse privilégié pour l’étude des basculements, et le marché européen des permis d’émission de CO2 comme exemple de création de marché.

Cet agenda de recherche requiert la collecte de nouvelles données et le développement de nouvelles méthodes économétriques d’analyse de ces données. En effet, l’exploitation de l’information contenue dans les transitions nécessite, si pas la connaissance des participants des différents marchés, en tout cas, des données suffisamment désagrégées concernant la composition des participants à chacun de ces marchés. Elle nécessite également une bonne compréhension des modalités d’échange des différents marchés en présence et l’identification des mécanismes de coordination possibles.

Une partie seulement de ces données sont publiques. La collaboration avec les acteurs de terrain est nécessaire pour compléter ces données. D’un point de vue méthodologique, les données générées par ces phénomènes de transition sont par définition non stationnaires. Cependant, le caractère endogène des transitions (une fois les conditions remplies, une transition peut survenir à tout moment si les participants se coordonnent de façon efficace) limite l’applicabilité des modèles économétriques existants pour données non stationnaires et requiert le développement de nouveaux modèles qui intègrent le mécanisme de coordination.

Un projet à l’ULB

Ce projet de recherche bénéficie d’une infrastructure et d’un environnement de recherche de qualité à l’ULB, au sein du centre de recherche ECARES : une école doctorale bien développée attirant des doctorants de qualité, un soutien administratif efficace pour la gestion de projets, ainsi que la présence de plusieurs autres chercheurs travaillant dans des domaines connexes.

Le soutien de la Fondation ULB, via le prix Fondation ULB pour les sciences humaines et sociales, lui donne un coup de pouce supplémentaire via l’engagement de deux jeunes doctorants étrangers (bourse de type seed-financing) qui participent à la collecte et au traitement des données.

Autres informations

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