Résultats liés à « Cellules souches »

Le diabète: nouvelles approches en recherche fondamentale et clinique
Miriam Cnop

Comprendre et développer des outils thérapeutiques dans le dysfonctionnement de la cellule bêta.

Dernières nouvelles:

  • Le Pr. Miriam Cnop présente ses recherches en vidéo

  • le Prof. Miriam Cnop coordonne le projet « DiaType – Personalized medecine in diabetes: towards an etiology-based diagnosis and better patient care »

Ce projet financé à hauteur de 2,35M€ rassemble 9 partenaires bruxellois comprenant des enquêteurs cliniques, des physiologistes, des spécialistes de l’imagerie, – des experts de la biologie du pancréas et des cellules souches. Ces programme vise à identifier les mécanismes moléculaires de la maladie et tester des agents ou stratégies thérapeutiques potentiels. DiaType comprend également un important volet clinique: le consortium espère développer des outils diagnostics et tester des nouveaux traitements, pharmacologiques et/ou basés sur l’exercice physique.

  • Miriam Cnop avec ses collègues des Universités d’Exéter, d’HElsinki et de Kyoto a découvert un nouveau type de diabète causé par la mutation du gène RFX6 (Nature Communications oct.2017

Les individus porteurs de cette mutation ont une forte probabilité de développer un diabète, même avant l’âge de 20 ans et à l’âge de 50 ans, 80% auront développé la maladie. Ce diabète est transmis des parents aux enfants et peut affecter de nombreuses générations dans la même famille. Le diabète RFX6 nécessite souvent un traitement par insuline car les patients ont une réduction de la sécrétion d’insuline par le pancréas.

Miriam Cnop a identifié chez ces patients une production réduite de l’hormone GIP qui stimule la sécrétion d’insuline. Le diabète RFX6 est le premier type de diabète découvert à être lié à cette hormone. Cette étude suggère que les médicaments ayant une structure similaire à l’hormone GIP peuvent constituer une nouvelle option thérapeutique.

  • Miriam Cnop est sélectionnée par la revue Cell Metabolism parmi les “Women in Metabolism”, Cnop M. Women in metabolism – Miss β cell. Cell Metab 2015, 22:952
  • Découverte d’un nouveau type de diabète monogénique par l’équipe du Dr Miriam Cnop  Diabetes 2015, 64:3951-3962

Biographie

ODOSOS - licence libre

Née en 1970. Docteur en médecine (VUB), PhD en recherche biomédicale (VUB), spécialisation en médecine interne (VUB), spécialisation en endocrinologie (ULB et VUB). Post-doc à l’Université de Washington à Seattle. Professeur et Directeur de Clinique, Hôpital Erasme (ULB).

ODOSOS – license libre

Plus d'infos

Miriam Cnop est reconnue internationalement pour son travail sur le dysfonctionnement des cellules β dans le diabète de type 2 et les formes monogéniques de diabète. Elle a obtenu des financements nationaux et internationaux prestigieux : l’Union Européenne FP6, FP7 et Horizon 2020, la Fondation Européenne pour l’Etude du Diabète, FNRS, et des Fondations Américaines. Elle a également reçu de nombreux prix scientifiques, notamment: Prix Auguste Loubatières, the Rising Star et ensuite the Minkowski Award of the European Association for the Study of Diabetes, the GB Morgagni Young Investigator Award, US Ataxia Foundation Young Investigator Award, Belgian Royal Academy of Science awards, Novo Nordisk Prize.

En Europe, 60 millions de personnes sont atteintes par le diabète et 66 millions sont intolérantes au glucose (ou pré-diabétiques), ce qui cause 630.000 morts par an. 

Projet

1. LE DIABÈTE: UN PROBLÈME MAJEUR DE SANTÉ PUBLIQUE

Le diabète touche plus de 415 millions d’individus dans le monde. En 2040, on estime que la prévalence mondiale du diabète devrait atteindre 642 millions de personnes, ou encore plus d’un adulte sur dix.

Dix à quinze pour cent des patients concernés sont atteints du diabète de type 1, causé par une destruction auto-immune des cellules ß pancréatiques productrices d’insuline.

La grande majorité des patients présentent une autre forme de diabète, le diabète de type 2. Le risque de cette maladie augmente avec l’âge, l’obésité et des antécédents familiaux. La méthode classique afin de diagnostiquer le diabète de type 2 est de détecter un taux de glucose plasmatique trop élevé, et le traitement consiste à abaisser empiriquement ce taux de glucose chez le patient.

Aucun des traitements connus n’a un impact sur le caractère progressif de la maladie, nécessitant d’intensifier progressivement le traitement et de passer à un traitement par prise d’insuline.

Figure beta cellLa cellule β du pancréas est l’unique cellule de notre corps capable de produire, de stocker et de sécréter de l’insuline, une hormone qui contrôle le taux de glucose dans le sang. La masse totale de cellules β dans notre corps est d’environ 1 gramme. La modélisation de l’accumulation de la lipofuscine, un marqueur du vieillissement cellulaire, en 3D nous a permis de démontrer que notre capital en masse de cellules β est établi à l’âge de 20 ans et qu’ensuite ces cellules vieillissent avec notre corps. 

2. LE FARDEAU DU DIABÈTE

Le traitement du diabète doit être adapté chez le patient afin de prévenir des complications aiguës telles que l’hypoglycémie et l’hyperglycémie.

L’exposition à long terme à des taux de glucose trop élevés peut provoquer des complications chroniques en endommageant notamment les vaisseaux sanguins.

Le diabète est ainsi la principale cause d’amputation de pied et de jambe, de cécité et d’insuffisance rénale terminale nécessitant alors une dialyse.

Il y a également un risque majeur d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral.

Le diabète et ses complications figurent parmi les principales causes de décès. En Europe, les dépenses en soins de santé pour le diabète sont d’environ 100 milliards d’euros par an ; et de nombreux pays consacrent actuellement plus de 10% de leur budget national en soins de santé pour le diabète.

Le dysfonctionnement de la cellule β pancréatique est central dans le développement et la progression du diabète de type 2, mais les voies cellulaires critiques médiatrices de la perte des cellules β sont mal comprises.

L’objectif principal de notre groupe de recherche est de clarifier ces mécanismes moléculaires et d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques pour la préservation des cellules β.

 Clipboard01A partir d’observations de la recherche clinique, nous avons identifié le dysfonctionnement des cellules β du pancréas comme mécanisme-clé de la maladie dans le diabète de type 2. Ceci est examiné en laboratoire dans des modèles in vitro et in vivo. Les îlots humains et les cellules souches pluripotentes induites (iPSCs) de patients diabétiques sont des outils biologiques cruciaux pour notre recherche. Dans ces modèles, les mécanismes moléculaires liés au dysfonctionnement cellulaire peuvent être identifiés, et de nouvelles cibles thérapeutiques peuvent être testées. Les approches donnant des résultats significatifs peuvent ensuite être exploitées dans des études cliniques.

3. NOUVEAUX MODÈLES DE LA MALADIE EN BOîTE DE PETRI

Le diabète de type 2 a une pathophysiologie très complexe. La prédisposition génétique et les stress environnementaux (pression chronique qui dérègle l’homéo-stasie) tels que l’alimentation riche en graisses saturées, jouent un rôle essentiel dans le développement de la maladie.

Notre groupe de chercheurs a identifié les réponses de la cellule β à un tel stress métabolique, par la technique de séquençage de l’ARN, à partir d’îlots humains exposés au palmitate, acide gras saturé, et d’îlots provenant de personnes atteintes du diabète de type 2.

Le travail sur cellules β humaines est d’une importance capitale.

Nos études révèlent un stress du réticulum endoplasmique, un dys-fonctionnement de la mitochondrie et des modifications d’ARN de transfert (ARNt) défectueux dans les cellules β.

Fait très intéressant, ces réponses de la cellule β au stress cellulaire jouent également un rôle dans les formes monogéniques du diabète, causées par des mutations d’un seul gène; formes du diabète pouvant par conséquent être utilisées comme modèles humains « knock-out ».

Notre objectif est de mieux comprendre le mécanisme du dysfonctionnement de la cellule β par l’utilisation de modèles expérimentaux, tels que les cellules souches pluripotentes induites (iPSCs) provenant de patients diabétiques. Ces cellules iPSC différentiées en cellules β in vitro permettront également de tester de nouvelles thérapies.

 Clipboard01cCellules pancréatiques β exposées au palmitate, acide gras saturé, mourant par apoptose (mort cellulaire programmée ; cellule de droite), représenté par la translocation de la protéine pro-apoptotique Bax (vert) vers les mitochondries (rouge) et le compactage et la fragmentation du noyau (bleu).

4. LES RÉGULATEURS-CLÉS ET LE STRESS CELLULAIRE MENANT AU DYSFONCTIONNEMENT DE LA CELLULE   β DANS LE DIABÈTE

A partir de nos données de séquençage d’ARN (voir point 3 ci-dessus), des techniques informatiques et annotation manuelle ont montré la modulation de réseaux de gènes régulant la traduction des protéines, la traduction des protéines, la réponse au stress du réticulum endoplasmique, et l’inhibition de la fonction lysosomiale et mitochondriale.

Partie 1: Stress du réticulum endoplasmique

Nous allons examiner le rôle de la voie de signalisation du stress du réticulum endoplasmique dans les cellules β dans des conditions de diabète de type 2, et cibler des composés potentiellement pro-tecteurs de la cellule β. Une fois la protection confirmée sur cellules β, ces agents seront testés dans des modèles in vivo.

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Le stress métabolique induit par les acides gras saturés déclenche le stress du réticulum endoplasmique et mitochondrial, altère la fonction lysosomiale et inhibe la biosynthèse de l’insuline, conduisant au dysfonctionnement et à la mort des cellules β.

Partie 2: Diabète monogénique lié au stress du réticulum endoplasmique

La recherche clinique sur les formes monogéniques de diabète liées au stress du réticulum endoplasmique et à la traduction des protéines sera intégrée à de nouveaux modèles expérimentaux.

Des fibroblastes de peau de patients seront transformés en iPSCs et différenciés en cellules β. Les mutations seront corrigées à l’aide d’une technique ‘CRISPR-Cas édition génomique’, et l’impact sur la fonction et la survie des cellules β sera examiné. Ce modèle original sera également utilisé comme plate-forme pour la découverte et le dépistage de drogues éventuelles.

Partie 3: Diabète monogénique lié à la dysfonction mitochondriale dans l’ataxie de Friedreich

L’impact de la dysfonction mitochondriale sur la fonction et la survie des cellules β sera étudié. L’ataxie de Friedreich, une maladie monogénique mitochondriale, est caractérisée par une neuro- dégénérescence et le diabète.

Nous allons différencier des iPSCs de patients en cellules β (et neurones) et étudier l’impact d’agonistes du GLP-1 sur la fonction mitochondriale et la viabilité cellulaire. Ceci sera traduit dans un essai clinique de thérapie au GLP-1 chez des patients atteints d’ataxie de Friedriech.

5. L’ ULB CENTER FOR DIABETES RESEARCH

L’équipe de recherche de Miriam Cnop est composée de : 2 professeurs associés, 4 chercheurs postdoctoraux, 3 étudiants doctorants, 1 étudiant MD-PhD, 1 étudiant en Master et 1 technicien.

L’ULB Center For Diabetes Research, dirigé par le Professeur Decio L Eizirik, est un centre de renommée internationale axé sur l’étude du diabète et de la biologie des cellules β pancréatiques.

Il réunit environ 40 scientifiques travaillant dans les domaines du diabète de type 1, du diabète de type 2, les formes monogéniques du diabète, de la virologie et de la pharmacologie.

L’ULB Center For Diabetes Research a récemment uni ses forces avec des équipes de recherche de la VUB, et a ainsi créé le ‘Brussels Diabetes Research Pole, a ULB-VUB Joint Research Group’.

6. BESOINS EN FINANCEMENT SUR 4 ANS

Pour mener à bien le projet actuel, l’équipe comprendra un chercheur senior, un chercheur postdoctoral junior et un étudiant de doctorat.

Les dépenses en équipement seront consacrées à l’extension de notre infrastructure hébergeant notre laboratoire iPSC.

Les dépenses en fournitures couvriront les coûts liés à la culture iPSC et réactifs de différenciation, à la caractérisation des cellules différenciées par immunocytochimie, au FACS et qPCR, à l’édition génomique d’iPSC, et aux modèles in vivo de souris pour les étapes tardives de différenciation cellulaire, y compris les frais de logement des animaux et mesures d’insuline et C-peptide, les expériences sur îlots humains, les méthodes de biologie moléculaire telles que siRNA, les vecteurs adénoviraux, Western blots, les anticorps, l’extraction de l’ARN et RT, qPCR, ChiP et séquençage de l’ARN, et tests de criblage à haut débit.

 

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BesoinS Montant
Ressources humaines
Senior scientist 390 000 €
Post-doc fellow 170 000 €
PhD Student 140 000 €
Equipements et consommables
Incubator, liquid nitrogen and fridge/freezer 11 000 €
iPSC culture  148 000 €
In vivo models  76 000 €
Human islet culture 23 000 €
siRNA 49 000 €
ChiP and RNA-sequencing 79 000 €
High throughput screening  144 000 €
TOTAL 1.230,000 €

Les recherches du Pr. Dr. Miriam Cnop sont soutenues notamment par:ff

Dynamique des cellules souches qui mènent à l’initiation tumorale

L’équipe du Pr. Dr. Cédric Blanpain (ULB) et du Pr. Ben Simons (Cambridge) démontrent pour la première fois que la capacité des cellules à exprimer un oncogène et à induire la formation de tumeurs dépend de la dynamique clonale de la cellule à l’origine du cancer (Nature, 8.7.2016).

Article du Soir concernant cette découverte

En savoir plus sur les recherches du Pr. Dr. Cédric Blanpain

Des neurones qui réparent le cerveau

L‘équipe du Pr. Pierre Vanderhaeghen démontre l’efficacité de nouvelles cellules cérébrales greffées dans la prestigieuse revue Neuron (4.3.15). Les cellules du cortex nouvellement créées remplacent les cellules mortes sur des cerveaux lésés de souris adultes. Il s’agit d’un proof of concept capital, préalable à toute thérapie chez l’humain . Pour en savoir plus

L’équipe du Pr. Cédric Blanpain révèle un gène qui réduit radicalement la formation de tumeurs

STEM_16_1.c1.inddL’équip du Pr. Dr. Cédric Blanpain fait la une du magazine de référence Cell Stem Cell (8.1.15) en publiant leur découverte sur le rôle du gène clé Twist1 et dont le rôle dès les stades précoces des cancers de la peau  explique l’initation et la progression de ces cancers qui touchent plus d’un million de patients par an. Pour en savoir plus sur les recherches du Pr. Cédric Blanpain.

Bloquer l’initation des cancers de la peau

L’équipe du Dr. Cédric Blanpain démontre dans la revue Nature l’importance du facteur de transcription Sox2 dans l’initiation et la croissance des cancers cutanés ainsi que dans la régulation des cellules souches cancéreuses dans le carcinome spinocellulaire de la peau, qui touche plus d’un demi-million de personnes dans le monde chaque année et qui est le deuxième cancer de la peau le plus fréquent. Pour en savoir plus

Des cellules souches aux circuits neuronaux
Pierre Vanderhaeghen

Cellules souches : mécanismes et applications aux maladies neurologiques.

Dernières nouvelles:

  • Etude publiée dans Cell Reports
  • Article dans The Economist , 31 Mars 2018 – Evolution: A history of big-headness
  • Le cerveau humain est un organe remarquable, mais comment a-t-il évolué jusqu’à nous donner ces capacités intellectuelles hors du commun ? L’équipe de recherche de Pierre Vanderhaeghen (ULB, WELBIO, VIB, KU Leuven) s’est tournée vers le génome pour trouver des réponses à cette question. Dans le dernier numéro de Cell, les chercheurs montrent qu’un ensemble de gènes qui ne sont présents que chez l’humain contrôlent des étapes clé du développement du cerveau. Ces gènes pourraient réguler la taille du cerveau spécifiquement chez l’humain; les implications de cette découverte sont importantes pour l’évolution et les maladies du cerveau humain – communiqué de presse CELL 31.5.18
  • Pierre Vanderhaeghen (ULB), Bart de Strooper (KUL) et Jean-Pierre Brion (ULB), révèlent que contrairement aux neurons de souris, les neurones humains sont extrêmement vulnérables à la maladie d’Alzheimer (Neuron, Mars 2017) – communiqué de presse – Neuron 2017
  • L’équipe de Pierre Vanderhaeghen démontre l’efficacité des nouvelles cellules cérébrales greffées (Neuron, 5 mars 2015 > PRESS RELEASE FREN ) Pour en savoir plus
  • Pierre Vanderhaeghen remporte un prestigieux European Research Council Advanced Grant
  • Pierre Vanderhaeghen est titulaire de la Chaire Axa in Neuroscience and Longevity
  • Pierre Vanderhaeghen publie une première mondiale en transplantant des cellules nerveuses du cortex cérébral humain sur un cerveau de souris qui se connectent avec celui-ci de façon fonctionnelle.

 

Biographie

PVDHPierre Vanderhaeghen. Né en 1967. Docteur en médecine (ULB), Docteur en Sciences biomédicales (ULB),  Chercheur et Professeur à l’ULB, Chercheur au sein du Vlaams Instituut voor Biotechnologie et KUL Center for Brain&Disease,  Co-Directeur de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Biologie Humaine et Moléculaire (I.R.I.B.H.M., ULB), Titulaire de la Chaire Axa « Neuroscience et Longévité ». Membre de l’Académie Royale de Médecine de Belgique. Avec son équipe, il a découvert des mécanismes importants du développement cérébral et a développé un modèle original de développement du cortex à partir de cellules souches de souris. Il est lauréat de nombreux prix dont: le Prix Francqui (2011), Prix Roger de Spoelberch (2010), Prix Solvay (2009), Prix Clerdent (2008), Prix UCB (2006), Prix Horlait-Dapsens (1996), Prix Specia (1992), Prix Fleurice-Mercier (1987).

Le projet

1 – ETAT DE L’ART

Le cortex cérébral est l’une des structures les plus importantes de notre cerveau: c’est lui qui contrôle nos mouvements, nos perceptions, et nos fonctions cognitives supérieures. Il est aussi la cible de nombreuses maladies neurologiques (accidents vasculaires, maladies dégénératives, troubles neuropsychiatriques, épilepsies), dont les causes restent souvent mystérieuses et dont la plupart restent incurables aujourd’hui.

Si la complexité du cortex lui confère sa puissance fonctionnelle, elle rend aussi son étude particulièrement difficile. Face à ce constat, notre équipe a développé des approches innovantes permettant de générer des « modèles réduits » du cerveau, s’appuyant sur les technologies émergentes des cellules souches pluripotentes (cellules ES embryonnaires et iPS induites à partir de fibroblastes de peau). Récemment, nos travaux ont ainsi permis de montrer que les cellules ES peuvent être transformées en neurones du cortex, selon un mécanisme qui récapitule une grande partie de la complexité corticale, mais au sein de boîtes de cultures cellulaires. Ces neurones peuvent ensuite être greffés au sein de cerveaux de souris, et sont alors capables de développer des projections nerveuses spécifiques avec le cerveau hôte.

2 – OBJECTIFS

La question cruciale de la fonctionnalité de ces neurones dans le cerveau après la greffe reste cependant incomplètement résolue, en particulier du fait des difficultés techniques des études fonctionnelles.

Cette question est non seulement importante d’un point de vue fondamental, mais aussi dans la perspective à plus long terme de l’utilisation de telles approches dans des stratégies de réparation de lésions du cortex cérébral, en général incurables aujourd’hui. C’est ce que nous nous proposons d’étudier dans le présent projet, en utilisant une approche multidisciplinaire, combinant techniques de biologie moléculaire, neuroanatomie, neurophysiologie et imagerie fonctionnelle, disponibles au sein de notre équipe et en collaboration avec d’autres groupes d’excellence de neurosciences de l’ULB.

Spécifiquement nous nous proposons d’appliquer une technique de développement très récent, l’optogénétique (jugée ‘technology of the year’ par la revue Science en 2010), qui permet de stimuler les neurones de façon spécifique par l’expression de protéines-canaux particulières, appelées ‘channelorhodopsins’ ou ChR, qui peuvent exciter les neurones après stimulation sélective par un rayon de lumière approprié. Cette technologie, qui révolutionne actuellement de nombreux autres domaines de la recherche sur le cerveau, permettra de contrôler avec une grande précision et efficacité l’activité des neurones greffés, et uniquement ces neurones, ce qui permet de réaliser des expériences fonctionnelles complexes avec une spécificité et une sensibilité inégalées.

cellules_souches_vers_neurones

3 – APPROCHES EXPERIMENTALES ET MISE EN OEUVRE

  •  Ce projet ambitieux nécessitera tout d’abord la génération de cellules souches, de souris ethumaines, exprimant la protéine ChR, par des techniques de biologie moléculaire et cellulaire maîtrisées au laboratoire.
  •  Ces cellules seront ensuite différenciées en neurones du cortex cérébral, grâce aux technologies spécifiques de ‘corticogenèse’ que notre laboratoire a inventées (Gaspard et al., Nature 2008;Nature Protocols 2009).
  •  La fonctionnalité de l’approche sera d’abord contrôlée, en combinant stimulation lumineuse et enregistrements électrophysiologiques in vitro, afin de vérifier la faisabilité de l’approche.
  •  Enfin, la stimulation optogénétique sera réalisée sur des neurones après greffe intracérébrale(chez la souris) grâce à des microfibres optiques, et le fonctionnement cérébral sera étudié par une combinaison de techniques d’enregistrements électrophysiologiques (ex vivo et in vivo), d’imagerie fonctionnelle, et d’analyse comportementale.
  •  Ces différentes approches seront tout d’abord réalisées avec des cellules souches embryonnaires de souris. Elles seront ensuite implémentées aux cellules ES et iPS humaines.

Cette approche multidisciplinaire nécessitera de nombreuses compétences complémentaires qui ne peuvent se retrouver au sein d’un seul groupe: elle sera donc réalisée en collaboration avec d’autres équipes de Neurosciences fondamentales et cliniques de l’ULB (laboratoires de Neurophysiologie, de Cartographie Fonctionnelle du Cerveau, et de Neurologie Expérimentale). Il bénéficiera également de nos contacts collaboratifs avec des groupes pionniers des technologies optogénétiques (Prs. K. Deissenroth, Stanford U., USA; A. Adamantidis, McGill U., Canada). En termes de moyens, le projet nécessitera en particulier (cf budget en annexe):

– l’acquisition d’équipements spécifiques (microfibres optiques, sources lasers)

– l’achat de matériel consommable (culture de cellules souches et chirurgie de souris)

– l’engagement de personnel hautement qualifié (chercheur postdoctoral).

Ce projet ‘high risk / high gain’, à la frontière des technologies des cellules souches et des neurosciences, permettra de progresser de façon importante dans notre compréhension de la fonction de neurones générés à partir de cellules souches, et d’étudier les mécanismes par lesquels ces neurones peuvent contribuer à la fonction cérébrale, et ainsi potentiellement à la réparation de lésions du cerveau.

BUDGET SUR BASE ANNUELLE

La durée du projet est évaluée à quatre ans.

NB: Etant donné son caractère risqué et multidisciplinaire, ce projet ne bénéficie à l’heure actuelle d’aucun financement spécifique.

Cliquez ici pour dérouler le tableau du budget
BESOINS MONTANT
EQUIPEMENT
Sources lasers et fibres optiques 15.000 €
CONSOMMABLES
Culture de cellules souches murines et humaines 15.000 €
Biologie moléculaire 5.000 €
PERSONNEL
Chercheur postdoctoral (2) 80.000 €
Total: 115.000 Euros/an

Voir aussi l’Institut de Neuroscience de l’ULB – UNI

Téléchargez la fiche projet en pdf: des cellules souches aux circuits neuronaux

Quelques publications:

Pyramidal neurons derived from human pluripotent stem cells integrate efficiently into mouse brain circuits in vivoEspuny-Camacho I, Michelsen K, Gall D, Linaro D, Hasche A, Bonnefont J, Bali C, Orduz D, Bilheu A, Herpoel A, Lambert N, Gaspard N, Peron S, Schiffmann S, Giugliano M, Gaillard A, Vanderhaeghen PNEURON, 77, 440-56, 2013
Ephrin-B1 controls the columnar distribution of cortical pyramidal neurons by restricting their tangential migrationDimidschstein J, Passante L, Dufour A, Van Den Ameele J, Tiberi L, Hrechdakian T, Adams r, Klein R, Lie D, Jossin Y, Vanderhaeghen PNEURON, 79, 1123-35, 2013
BCL6 controls neurogenesis through Sirt1-dependent epigenetic repression of selective Notch targetsTiberi L, Van Den Ameele J, Dimidschstein J, Piccirilli J, Gall D, Herpoel A, Bilheu A, Bonnefont J, Iacovino M, Kyba M, Bouschet T, Vanderhaeghen PNATURE NEUROSCIENCE, 15, 1627-35, 2012
An intrinsic mechanism of corticogenesis from embryonic stem cellsGaspard N, Bouschet T, Hourez R, Dimidschstein J, Naeije G, Van Den Ameele J, Espuny-Camacho I, Herpoel A, Passante L, Schiffmann S, Gaillard A, Vanderhaeghen PNATURE, 455, 351-7, 2008
Ephrin signalling controls brain size by regulating apoptosis of neural progenitorsDepaepe V, Suarez-Gonzalez N, Dufour A, Passante L, Gorski J, Jones K, Ledent C, Vanderhaeghen PNATURE, 435, 1244-50, 2005