Résultats liés à « Intégration sociale »

MIKHAIL KISSINE – PRAGMATIQUE COGNITIVE ET TROUBLES DU SPECTRE AUTISTIQUE

DÉCOUVRIR CE QUI FAIT OBSTACLE AU LANGAGE DANS L’AUTISME

TRANSPOSER CE SAVOIR DANS LES TECHNIQUES PRÉCOCES D’INTERVENTION

Dernières nouvelles

  • Le Pr. Mikhail Kissine présente ses recherches en vidéo

  • Le laboratoire du Pr. Mikhail Kissine bénéficie du soutien financier de la Fondation Jean-François Peterbroeck ainsi que par le Fonds de Soutien Marguerite-Marie Delacroix 

Plus d’1 enfant sur 100 est touché par une forme d’autisme

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Biographie

Mikhail Kissine. Né en 1980. Docteur en Linguistique (ULB), Master of Philosophy in Linguistics (Cambridge), Licencié en Linguistique (ULB). Chargé de recherche FNRS et Post-doc associé à l’Ecole Normale Supérieure, Paris. Professeur de Linguistique de la faculté de Lettres, Traduction et Communication de l’ULB. Directeur du groupe ACTE (Autisme en Contexte : Théorie et Expérience) de l’ULB.

biographie détaillée

Le projet

1 -UN DÉFI SCIENTIFIQUE, UNE URGENCE SOCIÉTALE

L’autisme est un trouble neurobiologique du développement, caractérisé par d’importantes difficultés dans la communication et l’interaction avec autrui, ainsi que par une forte tendance à adopter des comportements stéréotypés et répétitifs.

L’autisme représente un défi sociétal urgent : on estime actuellement que plus d’un enfant sur cent présente les signes d’une forme ou l’autre d’autisme. Chez 50% de ces enfants, l’acquisition du langage démarre avec un retard considérable et environ 30% ne parleront jamais.

Alors que les raisons de ce retard ne sont pas encore bien comprises, le langage est au centre des préoccupations des parents et le niveau langagier dans les premières années détermine grandement l’évolution ultérieure de l’enfant.

2 -FAIRE FACE AUX MOTS DANS L’AUTISME: 3 PISTES À EXPLORER

Découvrir ce qui fait obstacle au développement du langage dans l’autisme constituerait une avancée scientifique majeure, qui pourrait se transposer directement dans des techniques d’intervention précoce. Ce projet investiguera trois causes potentielles des corrélats linguistiques de l’autisme.

Les indices sociaux

Afin d’inférer le sens de mots inconnus, les bébés au développement typique s’aident, dès 18 mois, de la direction du regard, des gestes et même du point de vue de leur interlocuteur. Or, les enfants avec autisme accordent très peu d’attention à la région des yeux ; on ne sait toutefois pas à quel point ce biais attentionnel s’étend aux gestes communicatifs, ni s’il cause un développement du langage atypique.

Forme vs. sens

Il est aussi probable que les enfants avec autisme accordent une attention disproportionnée aux aspects sonores des énoncés, au détriment du sens véhiculé. Ce projet permettra de déterminer si un tel style particulier de traitement d’information entrave l’apprentissage lexical et empêche de généraliser les mots nouvellement appris à de nouvelles situations.

Le rôle du sommeil

Des cycles réguliers veille-sommeil favorisent la consolidation en mémoire de mots nouvellement acquis et leur intégration au sein du vocabulaire déjà maîtrisé. Cette étape pourrait être compromise par les sévères troubles de sommeil présents chez la majorité des enfants avec autisme.

 3 – COMPRENDRE LES SPÉCIFICITÉS INDIVIDUELLES
Rendre compte de la diversité

La littérature scientifique fournit peu d’indications sur les causes des déficits langagiers dans l’autisme et les résultats sont bien souvent inconsistants en raison d’un échantillon trop restreint.

En effet, l’autisme est caractérisé par une très grande hétérogénéité de ses manifestations, à tel point qu’on parle généralement d’un ‘spectre de troubles autistiques’.

L’autisme peut s’accompagner tant d’un retard mental sévère que d’un niveau intellectuel non verbal typique ou supérieur. Certains enfants vont présenter les premiers signes d’autisme à un âge très précoce ; chez d’autres, ils apparaissent brusquement vers l’âge de deux ans, après un développement qui, jusque-là, semblait typique.

L’environnement linguistique est une autre source potentielle de diversité. Le bilinguisme entraîne des avantages pour le développement typique en termes de flexibilité mentale — une fonction cognitive spécifiquement déficiente dans l’autisme. Pourtant, on ne sait toujours par si le bilinguisme joue un rôle bénéfique ou, au contraire, freine l’acquisition du langage dans l’autisme.

Grâce à une collaboration déjà établie avec des partenaires sur le terrain, un nombre très important d’enfants seront observés, ce qui nous permettra de distinguer différents profils et, ainsi, proposer des recommandations plus ciblées.

Créer des techniques expérimentales adaptées

En raison de contraintes temporelles et financières, les institutions hospitalières dédiées à l’autisme ne peuvent souvent pas aller au-delà des questionnaires remplis par les parents ou des tâches normées de dénomination d’images, administrées dans un cadre médicalisé. Au sein de ce projet, des techniques expérimentales fines et adaptées aux sensibilités très particulières des enfants atteints d’autisme ; nous éviterons ainsi les biais répandus dans une tradition expérimentale qui plaque des méthodes existantes sur la recherche sur l’autisme.

Plus particulièrement, nous utiliserons des jeux appréciés par les enfants ou encore les nouvelles techniques d’oculométrie, qui permettent, de façon totalement non envahissante, de mesurer la direction et la durée du regard de l’enfant en temps réel.

L’utilisation d’un eye-tracker portable en combinaison avec un écran tactile (1) permet de récolter ; (2) un tracé des fixations ; (3) les durées des fixations ; (4) trajectoire des fixations en temps réel.

Un besoin criant d’études longitudinales

Le type de déficits rencontrés chez un enfant peut changer au cours de son développement, ce qui explique pourquoi il n’est pas toujours possible d’extraire un profil unique de troubles du langage dans l’autisme. Au sein de ce projet, des études longitudinales permettront de mesurer l’évolution individuelle de chaque enfant dans nos tâches expérimentales et de les mettre en regard de leur progression dans d’autres dimensions. En outre, suivre la trajectoire développementale est crucial pour mettre en place des programmes d’intervention qui s’adaptent continuellement aux difficultés de l’enfant.

4 LE GROUPE ACTE: une approche pluridisciplinaire       et écologique

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Le groupe ACTE (Autisme en Contexte : Théorie et Expérience), créé par Mikhail Kissine en 2015, comprend deux doctorantes, trois chercheurs post-doctoraux et une neuropsychologue spécialisée dans l’autisme.

Nous intégrons les méthodes de psychologie expérimentale et les outils issus de la linguistique (telle que l’analyse conversationnelle fine) au sein d’un programme de recherche écologique, attentif au vécu des enfants et des adultes avec autisme.

Notre objectif principal est de mieux comprendre la nature et l’origine des difficultés de communication, et des fréquents retards dans le développement du langage, qui caractérisent l’autisme.

Nous bénéficions d’un partenariat privilégié avec les professionnels sur le terrain, et, plus particulièrement, avec le centre de référence « Autrement », de l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola et l’école spécialisée « Nos Pilifs ».

Au niveau international, le groupe collabore étroitement avec l’University of Cambridge, l’Institut des Sciences Cognitives de Lyon et l’University of British Columbia.

ACTE est actuellement soutenu par un Mandat d’Impulsion Scientifique (F.R.S.-FNRS), par un mandat d’Action de Recherche Concertée et par la Fondation Wiener-Anspach.

5 – BUDGET SUR 4 ANS

Les moyens sollicités dans ce projet serviront à compléter les ressources déjà disponibles dans le groupe ACTE, afin de pouvoir mener des études écologiques sur la durée.

Une première nécessité, donc, est de disposer d’un laboratoire adapté, muni d’une salle d’expérimentation et d’espaces où les enfants pourront évoluer en confiance.

Un tel centre d’étude ne connaît pas d’équivalent en Belgique francophone et permettra d’accroître le nombre de participants aux études et contribuera au rayonnement de l’équipe au niveau international.

Les financements de recherche habituels ne permettent pas de financer les aspects matériels d’un laboratoire et l’aide de la Fondation sera cruciale pour son aménagement.

Une deuxième nécessité est de disposer d’un collaborateur hautement qualifié dans l’autisme, avec lequel les enfants seront familiers tout au long des quatre ans du projet.

Les exigences scientifiques d’un tel poste dépassent le parcours habituel d’un doctorant. Quant aux mandats de chercheur post-doctoral, les sources de financements usuels les limitent très fortement dans le temps et les rendent incompatibles avec un investissement sur la durée. C’est pourquoi la Fondation est sollicitée pour engager un chercheur post-doctoral hautement qualifié pour une durée de quatre ans.

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